| Teilhard de Chardin |
Nous sommes invités à y jouer, grâce à notre intelligence, notre volonté et notre capacité d'amour, le rôle primordial de de co-bâtisseur de la création. Réflexions tirées de son oeuvre sur «L'atomisme de l'Esprit»p. 31 - De part et d'autre de la Zone moyenne du Monde à l'échelle de laquelle notre Humanité agit et s'agite, les objets se disposent, pour notre expérience, en deux séries naturelles de taille indéfiniment croissante, ou indéfiniment décroissante : vers les nébuleuses, ou vers les atomes. En haut, l'immense. En bas, l'infime. Depuis toujours l'Homme a eu obscurément conscience d'être emprisonné dans ce cadre sans bords. Si bien qu'après un premier moment de vertige nous nous sentons presque à l'aise aujourd'hui entre les microns et les années lumière, le Nouveau Monde de la Physique moderne. Bien moins familière à notre esprit que ces profondeurs demeure cependant l'étrangeté, à peine découverte, des deux abîmes entre lesquels nous flottons. Pascal, dans une phrase fameuse, imaginait à l'intérieur du ciron un autre Univers avec d'autres cirons. C'est contre cette idée d'un Espace s'étalant ou se contractant semblablement à lui-même que nous sommes maintenant conduits à penser. De même que l'éclat de la lumière et les formes de la Vie se transforment aux yeux d'un observateur glissant le long d'un méridien terrestre, ou s'enfonçant au sein des eaux, - ainsi, et bien plus radicalement encore, l'Univers doit-il être conçu comme changeant de figure si, en esprit, nous essayons de nous déplacer, soit vers le haut, soit vers le bas, de ses zones extrêmes
p. 33 - Détachons maintenant nos yeux de l'Immense et de l'Infime, pour les tourner vers un autre spectacle, en apparence d'un autre ordre. Laissons les atomes et les nébuleuses, et regardons, au voisinage de notre latitude moyenne, la Matière vivante. Autour de cet objet tout proche, et cependant extraordinaire, qu'est notre propre chair à nous-mêmes, la Biologie, armée des instruments toujours plus subtils et puissants que lui fournit la Science, resserre continuellement ses attaques. Analyses et synthèses chimiques d'une délicatesse invraisemblable; tritu-rations de toutes sortes, sous le jeu des réactifs « morts » ou « vivants » qui forment aujourd'hui l'arsenal de la Recherche; observation directe, enfin, sous le microscope,à des grossissements qui, de deux mille, viennent brusquement de passer à cent mille diamètres! - Ce n'est pas le lieu d'énumérer ici les résultats passionnants auxquels conduisent ces investigations à peine commencées. Ce qui importe par contre à mon sujet, c'est d'observer que, par-dessus le vaste « corpus » de données expérimentales déjà accumulées par la Biophysique et la Biochimie, un fait général émerge et do-mine, plus important pour notre intelligence que tout fait particulier. Je veux dire l'incroyable complication des êtres organisés. Table p. 35 - Rapprochons, en effet, et réunissons les deux évidences auxquelles nous venons d'accéder dans un effort préliminaire. D'une part, observions-nous pour commencer, L'Etoffe des Choses se métamorphose, elle change de propriétés, quand, suivant son grand axe spatial, nous montons ou descendons vers les grandeurs ou les petitesses extrêmes. D'autre part, venons-nous de noter, une deuxième façon existe pour les corps d'osciller entre l'infime et l'immense - capables de devenir très petits ou très grands, ils peuvent aussi suivant un autre axe (transversal au premier) être, dans leur structure interne, ultra-simples ou ultra-compliqués. Les hautes complications, constations-nous du reste, apparaissent dans le domaine des substances vivantes. p; 36 - A zone dimensionnelle nouvelle, disions-nous, propriétés nou-velles. Une fois reconnu, dans l'Univers physique, le domaine ou compartiment spécial de l'ultra-synthétique, la Vie ne détone plus dans la vision scientifique du Réel. Elle ne fait que combler un vide qui, sans elle, resterait béant dans nos perspectives. Propriété particulière aux grands nombres orga-nisés, effet spécifique de la Matière portée à un degré extrême de construction interne, elle vient prendre harmonieusement la place d'un phénomène attendu. Après l'Immense et l'Infime, le Grand Complexe (dès lors qu'il existe en fait) exigeait d'avoir un caractère à lui. |