• Decrease font size
  • Reset font size to default
  • Increase font size
ACCUEIL SPIRITUALITÉ POÈMES Belle nuit et Été
Teilhard de Chardin
TeilhardChardin

 

Géologue, paléontologue, prêtre jésuite français, Pierre Teilhard de Chardin a été, avant tout, dans son double domaine de la science et de la foi, un inlassable chercheur. Il est l'un des premiers à avoir proposé une synthèse de l'histoire de l'Univers telle qu'elle nous est généralement expliquée aujourd'hui, en y incluant la transcendance: la physique et la métaphysique sont dans une même cosmogenèse, c'est-à-dire que l'univers, le Cosmos, se déroule dans un même et seul continuum que Teilhard de Chardin appelle le grand Tout, en voie de complexification.

Nous sommes invités à y jouer, grâce à notre intelligence, notre volonté et notre capacité d'amour, le rôle primordial de de co-bâtisseur de la création.

Sa vision, présentée dans une douzaine d'ouvrages, tous publiées après sa mort, et, magistralement dans le "Phénomène humain", son ouvrage capital, s'appuie sur la thèse de l'évolution de Darwin. Il considère l'homme, doté du cerveau le plus élaboré de la nature, comme co-responsable du devenir de cette Cosmogénèse, de ce devenir du monde en gestation, puisqu'il a la capacité de savoir et qu'il est de ce fait consciente de sa responsabilité : il sait, il réfléchit, il agit.

Il a introduit avec le concept de "noosphère", par analogie avec celui de la lithosphère et de la biosphère, l'idée de la "couche pensante" enveloppant la terre: échafaudage de tout le savoir humain, bâti tout au long des siècles à l'aide de sa pensée, de sa réflexion, de sa raison : son langage, son écriture, sa mémoire, son art et sa science, bref tout son esprit. L'homme est ainsi "la flèche et le couronnement de l'Univers ". D'où son éminente dignité. Internet, cette extraordinaire réalisation des nouvelles technologies de la communication, pourrait sembler en donner une image, mais ce serait réducteur car le concept teilhardien dépasse infiniment en dimensions cognitives et spirituelles cette grande accumulation de connaissances immédiatement accessibles de notre planète informatisée.

Teilhard de Chardin avait annoncé le phénomène de la mondialisation (il disait "planétisation") auquel nous assistons, même si on n'avait pas encore très bien compris qu'il annonçait en même temps une indispensable prise de conscience et de responsabilité, donc une nouvelle solidarité planétaire de l'action de chacun, dans le respect de la Personne et de la Nature, D'où la synthèse de son message, plus actuel que jamais : il nous faut désormais construire la Terre dans l'amour, pour vivre et pour survivre, si nous ne voulons pas faire périr notre belle planète bleue. Nous voilà co-créateurs, conscients de l'invitation qui nous est faite par le Créateur, à poursuivre et à achever cette évolution, dans la liberté et avec les moyens de chacun, cette évolution lancée il y a quelques milliards d'années dans un splendide geste d'amour!

Teilhard de Chardin est resté, tout au long de sa carrière scientifique internationale de premier plan dans les domaines paléontologique et géologique, soumis à l'Église romaine dont il faisait partie, même si elle ne pouvait pas le comprendre encore totalement en son temps. Depuis, grâce à l'"aggiornamento" de Vatican II, et surtout grâce au pape Jean-Paul II qui a mis la science au même rang que la foi comme chemins de Vérité, Teilhard de Chardin est à sa juste place de grand penseur du XXe siècle.

Réflexions tirées de son oeuvre sur «L'atomisme de l'Esprit»

p. 31 - De part et d'autre de la Zone moyenne du Monde à l'échelle de laquelle notre Humanité agit et s'agite, les objets se disposent, pour notre expérience, en deux séries naturelles de taille indéfiniment croissante, ou indéfiniment décroissante : vers les nébuleuses, ou vers les atomes. En haut, l'immense. En bas, l'infime. Depuis toujours l'Homme a eu obscurément conscience d'être emprisonné dans ce cadre sans bords. Si bien qu'après un premier moment de vertige nous nous sentons presque à l'aise aujourd'hui entre les microns et les années lumière, le Nouveau Monde de la Physique moderne. Bien moins familière à notre esprit que ces profondeurs demeure cependant l'étrangeté, à peine découverte, des deux abîmes entre lesquels nous flottons. Pascal, dans une phrase fameuse, imaginait à l'intérieur du ciron un autre Univers avec d'autres cirons. C'est contre cette idée d'un Espace s'étalant ou se contractant semblablement à lui-même que nous sommes maintenant conduits à penser. De même que l'éclat de la lumière et les formes de la Vie se transforment aux yeux d'un observateur glissant le long d'un méridien terrestre, ou s'enfonçant au sein des eaux, - ainsi, et bien plus radicalement encore, l'Univers doit-il être conçu comme changeant de figure si, en esprit, nous essayons de nous déplacer, soit vers le haut, soit vers le bas, de ses zones extrêmes

p. 33 - Détachons maintenant nos yeux de l'Immense et de l'Infime, pour les tourner vers un autre spectacle, en apparence d'un autre ordre. Laissons les atomes et les nébuleuses, et regardons, au voisinage de notre latitude moyenne, la Matière vivante.

Autour de cet objet tout proche, et cependant extraordinaire, qu'est notre propre chair à nous-mêmes, la Biologie, armée des instruments toujours plus subtils et puissants que lui fournit la Science, resserre continuellement ses attaques. Analyses et synthèses chimiques d'une délicatesse invraisemblable; tritu-rations de toutes sortes, sous le jeu des réactifs « morts » ou « vivants » qui forment aujourd'hui l'arsenal de la Recherche; observation directe, enfin, sous le microscope,à des grossissements qui, de deux mille, viennent brusquement de passer à cent mille diamètres! - Ce n'est pas le lieu d'énumérer ici les résultats passionnants auxquels conduisent ces investigations à peine commencées. Ce qui importe par contre à mon sujet, c'est d'observer que, par-dessus le vaste « corpus » de données expérimentales déjà accumulées par la Biophysique et la Biochimie, un fait général émerge et do-mine, plus important pour notre intelligence que tout fait particulier. Je veux dire l'incroyable complication des êtres organisés. Table

p. 35 - Rapprochons, en effet, et réunissons les deux évidences auxquelles nous venons d'accéder dans un effort préliminaire. D'une part, observions-nous pour commencer, L'Etoffe des Choses se métamorphose, elle change de propriétés, quand, suivant son grand axe spatial, nous montons ou descendons vers les grandeurs ou les petitesses extrêmes. D'autre part, venons-nous de noter, une deuxième façon existe pour les corps d'osciller entre l'infime et l'immense - capables de devenir très petits ou très grands, ils peuvent aussi suivant un autre axe (transversal au premier) être, dans leur structure interne, ultra-simples ou ultra-compliqués. Les hautes complications, constations-nous du reste, apparaissent dans le domaine des substances vivantes.

p; 36 - A zone dimensionnelle nouvelle, disions-nous, propriétés nou-velles. Une fois reconnu, dans l'Univers physique, le domaine ou compartiment spécial de l'ultra-synthétique, la Vie ne détone plus dans la vision scientifique du Réel. Elle ne fait que combler un vide qui, sans elle, resterait béant dans nos perspectives. Propriété particulière aux grands nombres orga-nisés, effet spécifique de la Matière portée à un degré extrême de construction interne, elle vient prendre harmonieusement la place d'un phénomène attendu. Après l'Immense et l'Infime, le Grand Complexe (dès lors qu'il existe en fait) exigeait d'avoir un caractère à lui.