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JEAN-MARIE VIANNEY- CURÉ D'ARS (1736-1859)
Au lendemain de la Révolution et de l’Empire, la France spirituelle est exsangue. Le 12 juillet 1790 a été votée la « constitution civile du clergé » qui assimilait les prêtres de l’Eglise de France à des fonctionnaires de l’administration civile. Le 27 novembre 1790, l’Assemblée constituante renforce la décision et oblige le clergé du pays à prêter serment devant les représentants du pouvoir.
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Ces actes sont condamnés par Rome. La plupart des prêtres refusent le serment. Un grand nombre est massacré sous la Terreur. C’est l’époque du martyre des Carmes de Paris (plusieurs centaines sont assassinés), des déportations en Guyane, de la fermeture des établissements religieux enseignants et des séminaires non schismatiques. Un humble prêtre de l’Ain, dans les premières années de la Restauration, donne l’absolution, rend l’espérance, attire les foules, fuit sa paroisse, revient… Pénétré de sa petitesse il invoque sainte Philomène et lui attribue tous les miracles qui passent par ses mains sacerdotales… Pendant que la France commence à changer de régime politique cinq ou six fois par siècle, Dieu montre que c’est dans l’humilité du confessionnal que l’absolution du prêtre fait renaître et oriente une vie pour l’éternité. Entre 1786 et 1859, pendant les soixante-treize années de la vie du curé d’Ars, la France connaît successivement la fin de la monarchie d’ancien régime, la Révolution, la monarchie constitutionnelle, la Première République, le Directoire, le Consulat, le Premier Empire, la Restauration, la monarchie de juillet, le Second Empire… L’échantillon est presque complet des formes de gouvernement pour un pays qui, en réalité, vit à cette époque la plus profonde des mutations qui soient pour une société : le passage d’une société théocentrique déclinante à une société anthropocentrique et laïcisée dont nous vivons aujourd’hui, comme, plus ou moins, la plupart des nations modernes.
Les conséquences religieuses sont évidentes. La foi devient une opinion et la « vertu laïque » qui se développe durant ces années-clef va exiger une éducation qui lui corresponde : bien des écoles religieuses vont devoir fermer ; entre 1789 et 1799, l’établissement d’un clergé constitutionnel et schismatique, la confiscation de ses biens, la fermeture des séminaires, l’émigration des évêques et des prêtres fidèles, le martyre de religieux et de religieuses en même temps que la naissance chez beaucoup d’un sentiment de culpabilité entretenu, sous prétexte de « retour à la simplicité évangélique », par ceux qui ne veulent plus de l’Eglise, tout cela fait exploser l’unité du corps ecclésiastique. Sans catéchisme, sans prêtre, la foi s’efface. La France chrétienne est officiellement déchiquetée. Ces années-charnières Jean-Marie Vianney les a vécues sans sortir de son Lyonnais natal, d’abord à Dardilly, le petit bourg où il est né, puis à Ars, dont il fut le pasteur. Tandis que les passions politiques déchirent la France jusqu’au cœur des campagnes les plus reculées, il s’occupe d’aller à l’essentiel.
«La Sainte Vierge, c’est ma plus vieille affection : je l’ai aimée avant même de la connaître »
La famille Vianney est de cette modeste roture paysanne française que la foi chrétienne a faite noble en la rendant généreuse et fidèle. La fidélité ? Un prêtre l’apprendra à ses dépens, lorsque Madame Vianney mère s’aperçoit qu’il est assermenté et lui reproche si fort sa désobéissance au pape et à l’Eglise que le « jureur » lui fera cet aveu : « C’est vrai Madame, le cep vaut mieuxque le sarment ». Cela se passe sous la Terreur. La générosité ? Il y a toujours chez les Vianney un abri et du pain pour les nécessiteux ou pour les prêtres qui se cachent. Quatrième de six enfants, Jean-Marie est un garçon à la volonté forte. Il aime jouer, mais lorsqu’il décide de se retirer pour prier, personne ne peut changer sa détermination. Il en est parfois même impétueux. Pourtant déjà, à quatre ans, c’est le mouvement du cœur qui domine : au cours d’une dispute violente pour récupérer le chapelet que sa sœur lui a pris, sa mère intervient : « Donne-le à Marguerite pour faire plaisir à Jésus »… il donne avec élan. Par la suite, il révèlera le secret de son amour pour le chapelet : « La Sainte Vierge, c’est ma plus vieille affection : je l’ai aimée avant même de la connaître »... La piété mariale de Jean-Marie Vianney sera de tous les instants ; c'est à la Vierge Marie que, devenu prêtre, il demandera la force de tenir, dans son ministère de confession (1).
Victime de la fermeture de l’école religieuse de Dardilly, Jean-Marie va commencer tard sa scolarité et toute sa vie intellectuelle en sera marquée. Il n’apprendra à lire qu’à neuf ans, n’aura accès à la préparation à la première communion qu’à treize ans, et par l’enchaînement des circonstances ne sera formé au sacerdoce qu’à l’âge des vocations tardives, alors que la sienne est au contraire, des plus précoces. Depuis qu’il a accès au catéchisme, il le sait intérieurement et sa mère en a la confidence. La nuit, dans le réduit qu’il partage avec son frère, il passe de longues heures à lire les livres saints pour rattraper son retard, et il prie. Jean-Marie va devoir s’armer d’une patience théologale à toute épreuve pour garder l’espérance contre toute espérance devant les obstacles nombreux qui se dressent face à sa vocation. Une grande vocation que satan essaie de briser dans l'oeuf... Il est évident que le prince de ce monde a d’autant plus essayé de la contrer qu’il la pressentait exceptionnelle. Ce sera tout d’abord le veto d’un père qui a besoin de ce fils, nerveux et noueux, mais robuste comme branche de chêne, pour assurer le travail de sa terre. Après l’entrée tardive au petit séminaire, ce sera l’épreuve du latin. Plus âgé que les autres, moins doué intellectuellement, Jean-Marie n’y arrivera que grâce à un pèlerinage à La Louvesc, en Vivarais, auprès de saint Jean-Francois Régis, afin d’obtenir de savoir « juste assez de latin » pour être admis à ses examens ; puis, c’est l’épreuve inattendue du service militaire qui va le briser dans un élan studieux si péniblement acquis. Epreuve inattendue, car le jeune homme avait été exempté, selon les possibilités en usage à l’époque. Or, à la suite d’on ne sait quelle erreur administrative, il est appelé et doit rejoindre son régiment qui marche vers la guerre d’Espagne à plusieurs journées d’avance. Muni d’un énorme paquetage, seul, le conscrit se met en route, mais en pleine nuit, dans les monts du Forez, il s’égare. Mal renseigné par un déserteur qui ne se découvre pas, il ne rejoindra jamais son corps et déserteur malgré lui, il va vivre une année entière caché, dans ces hauts pays de Loire, travaillant pour les habitants du petit hameau des « Noës » qui l’a recueilli. Une amnistie napoléonienne le ramène au séminaire. Il a 26 ans et entre à Saint-Irénée, à Lyon. Nouveau coup rude pour l’espérance du séminariste, plus encore que pour son humilité : on le congédie à cause de ses difficultés à l’étude. Il retourne chez le prêtre, Monsieur Balley, qui depuis toujours comme Madame Vianney, croit à la grandeur de sa vocation. Lui-même, cependant, est assailli par la tentation du doute : est-ce bien à la prêtrise qu’il est appelé !...
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