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Sa vie: L'homme et sa pensée sont contemporains d'une époque en pleine mutation : le début du 14ème siècle voit émerger de nouvelles formes de pensée et de pratiques : le nominalisme d'Ockham et sa philosophie critique, le mouvement des béguines et les avatars d'une spiritualité laïque, ou pour le moins des pratiques s'exerçant hors du contrôle de l'Eglise.
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La pensée de Maître Eckhart est à l'image de cette époque, riche et complexe.
Le succès certain que rencontre cette figure marquante de la mystique rhénane et la popularité dont elle fait preuve exigent plus que jamais une présentation et une explication de sa pensée. Car si aujourd'hui le retour du spirituel se fait en la faveur de la popularité de Maître Eckhart, il n'en reste pas moins que sa pensée demeure élevée, certes, mais ardue et complexe à plus d'un titre. Il nous faut tout d'abord connaître le contexte intellectuel dans lequel s'insère la théologie eckhartienne de la divinisation. De même, il nous faut connaître l'époque où vivait Maître Eckhart, époque en pleine effervescence : développement des centres urbains, crise de l'autorité religieuse, naissance de nouvelles pensées qui initient un renouvellement intellectuel ayant des répercussions sur la philosophie et la théologie.
Maître Eckhart n'est pas une figure isolée, bien que charismatique et attachante. L'Ecole de Cologne, avec Albert Le Grand, les philosophes et les mystiques rhéno-flamands avec notamment Hugues Ripelin de Strasbourg, Ulrich de Strasbourg, mais surtout Thierry de Freiberg et Berthold de Moosburg.
Comprendre Maître Eckhart exige non seulement une certaine érudition, mais surtout un travail sur soi, une volonté de vivre sa pensée et d'appliquer quotidiennement les précieux conseils qu'il nous a légué. Comme le dit lui-même Eckhart, c'est un appel et une urgence vers le lieu qui n'a pas de nom, cette origine d'où provient chaque chose, chaque être et où tout retourne. C'est bien cela, le fond de sa mystique, l'urgence du retour, l'appel de Dieu.
Sermon: "Lorsque l'âme parvient dans ce lieu qui est sans nom, là elle prend son repos; là où toutes choses ont été Dieu en Dieu, là elle repose. Le lieu de l'âme, qui est Dieu, est sans nom. [...] Le lieu qui n'a pas de nom, en lui verdoient et fleurissent toutes créatures en juste ordonnance, et la place de toute créature est prise pleinement du fondement de ce lieu de juste ordonnance, et la place de l'âme découle de ce fondement." Sermon n°36a
"Lorsque Dieu parle dans l'âme, alors elle et lui sont un; mais aussitôt que cet un déchoit de cette unité, il se trouve divisé. Plus nous nous élevons avec notre entendement, plus nous sommes un en Dieu. C'est pourquoi Dieu dit le Fils en tout temps dans l'unité et répand en lui toutes les créatures. Toutes possèdent un appel à faire retour au lieu d'où elles ont flué. Toute leur vie et tout leur être, tout cela est un appel et une urgence vers ce dont elles sont sorties." Sermon n°53
Le grain de Sénévé
I
- Au commencement, au-delà du sens, est le Verbe.
Ô le Trésor si riche où commencement fait naître le commencement! Ô le coeur du Père d'où à grand-joie sans trêve flue le Verbe! Et pourtant ce sein-là en lui garde le Verbe. C'est vrai.
II
- Des deux un fleuve, d'Amour le feu, des deux le lien aux deux commun,
- Coule le Très-suave Esprit à mesure très égale, inséparable.
- Les Trois sont Un.
- Quoi? Le sais-tu? Non.
- Lui seul sait ce qu'Il est.
III
- Des Trois la boucle est profonde et terrible,
- Ce contour-là jamais ne saisira:
- Là règne un fond sans fond.
- Échec et mat temps, formes et lieu!
- L'anneau merveilleux est jaillissement,
- Son point reste immobile.
IV
- Ce point est la montagne
- qu'il faut gravir sans agir.
- Comprenne qui le peut !
- Ainsi la voie te conduit-elle
- à l'admirable Désert
- qui se déploie sans limite
- au large comme au loin,
- hors de l'espace et du temps.
- Il se génère en Lui-même
- dans la perfection de Son seul Être.
V
- Ce désert est le Bien, par aucun pied foulé, le sens créé jamais n'y est allé:
- Cela est; mais personne ne sait quoi.
- C'est ici et c'est là, c'est loin et c'est près, c'est profond et c'est haut,
- C'est donc ainsi que ce n'est ça ni ci.
VI
- C'est lumière, c'est clarté c'est la ténèbre,
C'est innommé, c'est ignoré, libéré du début ainsi que la fin. Cela gît paisiblement, tout nu, sans vêtement. Qui connaît sa maison, ah!qu'il en sorte ! Et nous dise sa forme.
VII
- Deviens tel un enfant, rends-toi sourd et aveugle!
Tout ton être doit devenir néant, Dépasse ton être et tout néant! Laisse le lieu, laisse le temps et les images également! Si tu vas par aucune voie sur le sentier étroit, Tu parviendras jusqu'à l'empreinte du désert.
VIII
- Ô mon âme! Sors! Dieu entre!
Sombre tout mon être en Dieu qui est non-être, Sombre en ce fleuve sans fond! Si je te fuis, Tu viens à moi. Si je me perds, Toi, je Te trouve, Ô Bien surressentiel!
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